| Droit
de préemption
du locataire
Le
propriétaire d'un logement peut vendre son bien à
qui bon lui semble, mais dans certains cas, l'occupant bénéficie
d'un droit de préemption.
La préemption après
division
de l'immeuble
La
division de l'immeuble
Un
immeuble peut appartenir à un seul et même propriétaire.
Celui-ci peut décider, dans la perspective d'une "vente
par appartements", de le diviser en lots différents
et indépendants, et donc de le soumettre au régime
de la copropriété. Un état descriptif de
division est alors publié au fichier immobilier, tenu
par le bureau des hypothèques. Il peut y avoir également
subdivision d'un lot unique en plusieurs lots différents.
La loi du 31 décembre 1975 accorde un droit de préemption
à l'occupant d'un local d'habitation lors de la première
vente suivant la division initiale ou la subdivision de l'immeuble.
Aucune condition de délai n'est imposée entre
la division et la première vente.
Le
droit de préemption
Le
droit de préemption n'intervient que pour les ventes
de toute nature, y compris la cession de la nue-propriété.
Ne sont donc pas concernées les transmissions à
titre gratuit (donations, legs ...), les cessions de droits
indivis, les partages entre indivisaires et les apports en société.
Sont également exclues les ventes entre parents et alliés
jusqu'au quatrième degré inclus. Le droit de préemption
est reconnu aux titulaires d'un contrat de location, quel que
soit son statut ainsi qu'aux occupants de bonne foi. En cas
de pluralité de locataires, chacun d'eux bénéficie
d'un droit distinct.
La
notification préalable
Le
propriétaire doit faire connaître à chacun
des locataires du lot concerné le prix et les conditions
exigés. Cette notification peut se faire par lettre recommandée
avec AR ou par acte d'huissier.
La notification doit reproduire
les cinq premiers alinéas
de l'article 10 I de la loi de 1975.
La
notification est déclarée nulle quand elle n'a
pas été effectuée auprès du conjoint
du locataire en titre, à condition que le locataire prouve
qu'il avait informé le bailleur de l'existence du conjoint.
Cette
notification équivaut à une offre de vente, valable
pendant deux mois à compter de sa réception. Si
le locataire accepte pendant ce délai, la vente est conclue
légalement. L'acte de vente doit être ensuite réalisé
dans les deux mois qui suivent l'acceptation du locataire, ou
dans les quatre mois s'il sollicite un prêt. Si la vente
n'est pas réalisée dans ces délais, l'acceptation
devient nulle de plein droit mais le locataire reste naturellement
dans les lieux. Si le locataire refuse l'offre ou ne se manifeste
pas pendant les deux mois qui suivent la notification, le propriétaire
est libre de proposer le bien à un autre acquéreur.
Un
second droit de préemption
Mais
si cette proposition à un tiers est consentie à
des conditions ou à un prix plus avantageux que ceux
de l'offre initiale, le notaire rédacteur de l'acte doit
en informer le locataire, faute de quoi ce dernier peut demander
la nullité de la transaction. Cette notification valant
offre de vente pendant un délai d'un mois, le locataire
bénéficie alors d'un second droit de préemption
pendant un mois. S'il exerce ce droit, la vente doit être
concrétisée dans les délais indiqués
plus haut.
Le
cas des ventes aux enchères
Quand
il s'agit d'une vente aux enchères, le propriétaire
doit adresser au locataire une convocation comportant tous les
renseignements utiles (mise à prix, date ...) pour que
ce dernier puisse participer normalement à l'adjudication.
Après la vente, le notaire ou le tribunal concerné
doivent notifier au locataire le montant de la dernière
enchère et l'identité de l'acquéreur. En
l'absence de convocation initiale en bonne et due forme, le
locataire a le droit de se substituer à l'acquéreur
pendant le délai d'un mois à compter de la notification
de la vente.
La préemption en cas de
congé
pour vendre
Dans
le cadre de la loi du 6 juillet 1989,
le locataire bénéficie également d'un droit
de préemption quand le propriétaire donne congé
au moins six mois avant la fin du bail pour vendre le logement.
Ce dispositif ne s'applique qu'aux résidences principales
ou aux locaux à usage de résidence principale.
Un propriétaire qui ne parvient pas à vendre le
bien après le départ du locataire a le droit de
le relouer. Aucun délai minimal n'est imposé.
Mais le locataire peut porter l'affaire en justice en cas de
manoeuvres frauduleuses.
Le
congé notifié au locataire doit mentionner le
prix et les conditions exigés.
Il doit notamment mentionner les conditions de paiement du prix
et reproduire les cinq premiers alinéas de l'article
15-2
de la loi du 6 juillet 1989.
Faute
de quoi, une nullité pour vice de forme peut être
prononcée. De même, le locataire peut intenter
une action en justice pour manoeuvres frauduleuses si la proposition
de prix initiale est excessive ou volontairement dissuasive.
Le locataire peut se porter acquéreur aux conditions
définies dans le congé. Il dispose d'un délai
de deux mois à compter du début du préavis
légal de six mois. Son silence équivaut à
un refus. Le droit de préemption ne joue pas quand le
propriétaire vend le logement à un parent jusqu'au
troisième degré inclus (neveux, nièces,
oncles, tantes, arrières-grands parents, sans tenir compte
de la famille du conjoint). Le parent doit occuper le logement
pendant au moins deux ans, à compter de la fin du bail
précédent.
S'il
se porte acquéreur, le locataire doit signer l'acte dans
les deux mois qui suivent son acceptation, délai porté
à quatre mois s'il sollicite un prêt. Le contrat
de location est prolongé jusqu'à la date de réalisation
de la vente. Si la vente ne se réalise pas dans les délais
impartis, le contrat cesse de plein droit. Sauf si le propriétaire
est responsable de la non-réalisation (absence lors de
la signature ...).
Quand
le logement est proposé à un tiers à des
conditions plus avantageuses que celles précisées
dans le congé initial, le vendeur, ou à défaut
le notaire, doit en informer l'ancien locataire. Celui-ci bénéficie
alors d'un second droit de préemption. La notification
s'effectue à l'adresse donnée par le locataire
ou, à défaut, à l'adresse du logement en
question. Le locataire dispose d'un mois pour se substituer
à l'acquéreur. Les délais de réalisation
de la vente sont identiques à ceux précisés
ci-dessus. |